Je nais, je vis, je ris, je mens, comme je respire, je finis par mourir.
Tout était illogique et désirable. Rien n'allait dans notre sens, même pas la nuit qui nous englobait. Nous étions là à attendre le départ. Le ciel était ébène et je mourrais de peur. Mes doigts gelés faisaient parvenir ma cigarette incandescente jusque ma bouche. Tout s'intensifiait sous nos pieds, nos chaussures étaient dégoulinantes. La pluie s'acharnait elle aussi à vouloir nous faire disparaitre. Mais déjà tu ne me regardais plus. Tu semblais lointain, trop pour que quiconque puisse te parvenir. Tu fixais d'un air distrait le panneau d'affichage sur le quai voisin. Je continuais de scruter ton visage, la moindre parcelle de ta peau apparente. Ce visage de marbre, aux traits glorieux et enfantins. Le désir qui montait en moi était inconnu, incohérent, et effrayant de par sa puissance. Je voulais ton corps, ton souffle, tes mains, tes gémissements, tes cris et tes rires. Je te voulais tout entier. Mais elle était là, cette femme à l'allure féline. Elle s'agrippait à ton bras comme un parasite, sachant la chance qu'elle avait de pouvoir être celle là. Cette autre, que je ne voulais pas connaitre, cette silhouette désirable, féminine et mystérieuse. Ses longs cheveux blonds étaient humides, bouclés par le vent froid de ce mois de Février. Elle était resplendissante, cela m'apparaissait comme l'évidence du siècle. Je n'étais rien du tout, à m'enfoncer dans ce béton gris. Mes pieds marchaient dans l'inverse de tes pas. J'aurais voulu la tuer, malade de jalousie. J'avais si longtemps attendu dans l'ombre de ton sourire, dans la tritesse et l'indifférence avant que tu m'adresse un regard vide de toute émotion. J'ai tremblé de ressentir tant de choses pour un simple regard. Un coup d'oeil offert sans doutes par erreur. Et il s'est annoncé ce gris lundi, loin de toi, se confondant au dimanche soir que nous vivions encore. Les week-ends ne sont que trop courts tu sais. Le départ n'attendait que moi, et moi je ne rejetais que lui. Je sentais la couleur de l'amour se confondre jusque dans mes cheveux. Et je savais que tu serais le poison de mes nuits, dévorant mon sommeil et rongeant mon imagination..
Tu étais toujours planté là, l'air lointain, fumant ta cigarette. La fumée opaque qui s'en dégageait masquait ton visage. J'ai finis par observer le ciel, éblouie par l'intensité des réverbères alors que je ne cherchais que les étoiles. Je pensais à mon père, comme à chaque fois que je regarde les étoiles. Cette lumière m'éblouissait, j'ai finis par capituler, je n'avais pas la force de lutter aussi contre la lumière. Et tu m'as regardée, pleinement cette fois ci. D'un air étonné, nouveau et grandiose de simplicité. J'ai vu le profil de ton regard bleu nuit se tourné vers moi et suivre le mouvement de ma tête. Je ressentais tout plus fort, les palpitations dans mon cou et ma nuque me faisaient de plus en plus mal, mais je ne pouvais consciemment détourné le regard de ce que j'avais envié. Je ne souhaitais que toi, mais tu ne voyais qu'elle, tu ne jurais que par son prénom qui encore ce soir m'écorche les lèvres. Je t'ai attendu déraisonnablement, les mains gelées par le froid, ma cigarette incandescante qui virevoltait nerveusement jusque ma bouche. Pour simplement t'apperçevoir plus longtemps avant que le train ne m'arrache loin de toi. J'ai repoussé ce gouffre, jusqu'à ce que la fin m'aspire. J'étais dans un état curieux, je ne jouais plus et c'était troublant d'être face à moi. Ce rien néfaste et inexistant que je représentais, je ne rivalisais pas. Ou plutôt je ne rivalisais plus. Mon esprit devenait fou de toute cette peine à venir, et mon corps fatigué de lutter contre le sens de l'amour. Voilà ce que je craignais qui se profilait à l'horizon, ton ombre me défie, ton parfum dans l'immensité de la gare. Tu semblais m'observer de si haut que même la lune t'accompagnait. En excluant la pression qui entourait mon coeur d'une impression d'intemporalité hors du commun, en excluant cela, et les non dits, et les hauts murs qui ne laissent pas passer les visages et les voix, il y'avait encore des souvenirs. Délicats et fascinant d'interdit.
Mais l'homme derrière la vitre pleine de poussière annonce déjà d'une voix grésillante la fermeture des portes. Je me hisse loin de toi, morte de peur. Je sais qu'elle jubile, de ne t'avoir que pour elle. Et je sais que tu oubliras vite que je suis partie. Nos regards s'échouent l'un dans l'autre une dernière fois, et il me semble entrevoir l'envers de ta personne, toute ta globalité. Je perçois ce qu'elle peine à ne pas deviner. Je reste fascinée à ne pouvoir rien faire contre ton corps qui reste immobile sur le quai et mon ravisseur qui déjà roule crescendo vers Paris. Une simple larme synonyme de toute la nostalgie qui m'envahie, roule sur ma joue gauche. Je sais que pour le moment, le temps s'est stoppé sur la platforme de la gare.
Je vis, loin de toi, je ne joue plus à mentir, je respire et je meurs d'asphyxie.